Et si l’entreprise n’était qu’un prétexte?
Et si l’entreprise n’était qu’un prétexte ?
Un prétexte pour se rencontrer, se découvrir autrement que par les cases que l’on coche et les rôles que l’on endosse.
Un prétexte pour apprendre à faire ensemble, à se frotter aux visions des autres, à confronter nos certitudes, à accueillir l’inattendu.
Un prétexte pour tisser des liens, pas seulement des collaborations stratégiques, mais des résonances humaines, des complicités qui nous transforment.
Et si l’entreprise, derrière ses objectifs de performance et de croissance, cachait une autre ambition, plus souterraine, plus essentielle ?
Celle d’être un laboratoire d’expérimentation où nous apprenons à coexister et à créer du sens ensemble.
Je crois que pour moi, elle ne sert qu’à ça, finalement : offrir un espace pour explorer en soi et autour, pour revisiter ce que signifie être en relation, avec soi, avec les autres, avec le monde.
Osons nous poser des questions essentielles et vivantes!
Alors, la question est là, vivante, profonde en moi :
Travaillons-nous pour produire, ou pour contribuer à créer du sens au contact des autres ?
Si l’entreprise n’était qu’un prétexte, que choisirions-nous d’en faire ?
Et si? Et si? Et si? …
Mais voilà, réinventer nos récits sur ce qu’est l’entreprise et l’entreprendre, c’est aussi dire non aux récits dominants.
C’est refuser les modèles imposés, faire le choix de l’expérimentation, de la lenteur quand il le faut, du dialogue.
Encore et toujours ces temps de recul et ce dialogue, autant avec soi qu’avec les autres.
C’est croire qu’une autre manière de travailler et d’exister ensemble est possible.
Une manière où l’on ne s’épuise pas à correspondre à des standards, mais où l’on co-crée ensemble, quelque chose de plus juste.
Je me souviens d’un échange avec une amie “workaholic” qui venait de quitter un poste “prestigieux”, épuisée par une culture d’entreprise où l’humain passait constamment après les chiffres.
Elle m’a dit, les larmes aux yeux : "Je ne veux plus jouer ce jeu-là. J’ai besoin de croire qu’autre chose existe."
Ce jour-là, j’ai compris que même parmi ceux dont le travail avait pris tant de place dans l’identité et leur statut dans le monde, la brèche était là.
Loin d’être une simple prise de conscience, c’est un élan qui demande du courage.
Car aller à contre-courant, renoncer à la “dite sécurité”, questionner ce qui semble établi, c’est inconfortable à souhait.
Mais c’est aussi probablement l’une des voies pour redonner du sens à ce que nous faisons.
Réapprendre à écouter, à se donner le droit à l’erreur et à cultiver des espaces où l’on peut pleinement tendre vers soi, sans masque.
Entreprendre comme un acte de présence
Entreprendre ainsi, ce n’est pas seulement bâtir une entreprise : c’est répondre à un appel.
Un appel à la transformation et à la contribution.
À cette l’audace d’être pleinement là, les uns avec les autres, pour mieux faire société.
Mais comment répondre à cet appel sans retomber dans les pièges des anciens modèles ? Sans chercher à répandre une autre idéologie malsaine?
J’ai cru pendant longtemps (avant de réellement entreprendre moi-même), que pour entreprendre, il fallait d’abord une vision stratégique, des objectifs clairs, une capacité à gérer le risque.
Mais plus j’avance, plus je ressens que l’acte d’entreprendre est avant tout pour moi et pour beaucoup de personnes qui ont croisé mes accompagnements : un élan de vie, un acte de présence citoyenne.
Il s’agit d’être là, au plus près de ce qui nous traverse et de ce qui émerge autour de nous.
Je pense à ces rencontres, ces échanges qui ont ouvert une porte inattendue, une conversation où quelqu’un a su me poser la bonne question au bon moment.
Me donner la permission aussi, d’assumer mes convictions plutôt que de les camoufler derrière le tapis des convenances.
Ces moments, on ne les planifie pas.
Ils surgissent quand on accepte d’écouter et de se rencontrer.
Réinventer notre manière de vivre ensemble commence peut-être précisément là : dans la qualité de notre présence à soi, aux autres et au monde.
Construire des espaces qui prennent soin
Si l’entreprise n’est qu’un prétexte, alors elle devient un espace d’expérimentation pour de nouvelles manières de faire société.
L'entreprise, dans ce contexte, devient un prétexte pour déployer un engagement plus large, celui de réinventer notre manière de vivre ensemble.
Dans mon travail, j’accompagne souvent des collectifs/équipes qui cherchent à faire autrement.
Ce que je partage souvent, c’est que la clé n’est pas tant dans les outils ou les méthodes que dans l’attention portée aux relations.
Quand on prend le temps d’écouter les non-dits, de reconnaître les tensions, d’oser nommer ce qui est là, on crée un espace qui prend soin.
Un espace où chacun peut contribuer à sa manière, sans craindre d’être jugé.
Cela me rappelle une autre conversation marquante, avec un entrepreneur qui m’a confié : "Je voulais créer un lieu où les gens se sentent en sécurité, où ils n’ont pas peur d’être eux-mêmes. Mais je me rends compte que moi-même, je peine à lâcher le contrôle."
Cette tension, nous la vivons tous à notre façon.
Elle me rappelle que transformer nos manières d’être ensemble, c’est aussi un profond processus intérieur.
Réinventer, ensemble
L’année passée (2024), je me suis demandée si entreprendre avait encore du sens pour moi.
J’étais fatiguée des injonctions à la croissance, des impératifs de visibilité, de la pression à toujours prouver sa valeur.
Ce qui m’a ramenée à l’essentiel, c’est ce retour à l’intérieur, comme au commencement de So & Co, ces rencontres qui m’ont encouragé à assumer.
Mais c’est aussi finalement le fait de voir que je n’étais pas seule à me poser des questions, aussi différentes soient celles que nous nous posions.
D’autres cherchaient aussi à faire jaillir d’autres alternatives.
Aujourd’hui, je crois profondément que nous ne pouvons pas réinventer nos manières de vivre et de travailler seuls.
Cela se fait dans la rencontre, dans le frottement des idées, de nos intimes et de nos expériences.
Et si entreprendre, au fond, c’était cela ?
Non pas bâtir une structure, mais reconnecter à cet élan vivant en nous, créer du lien, nourrir des relations, ouvrir des possibles.
Ça demande du courage, de la patience, de l’humilité. Mais c’est aussi un immense privilège : celui de pouvoir participer, à notre échelle, à la transformation du monde.
Et si nous choisissions d’y croire encore, et d’accueillir cette audace des possibles?